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Charles Zacharie Bowao : « Pour la refondation du PCT : La refondation politique à l'aune de la nouvelle espérance »

Charles Zacharie Bowao, Secrétaire général adjoint à la présidence est Professeur de Philosophie et Directeur de la formation doctorale « Logique et histoire des sciences » à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville (Congo). Président du comité éditorial de la revue Géopolitique Africaine, il a publié en 2004 à Paris : « La mondialité entre histoire et avenir » aux éditions Paari.



Charles Zacharie Bowao : « Pour la refondation du PCT : La refondation politique à l'aune de la nouvelle espérance »

Les Editions Hemar, Brazzaville 2006, 149p.


Depuis plus d'un an, le débat sur la refondation du PCT, l'ex parti unique n'a jamais mobilisé autant d'énergies. Entre les refondateurs « drivés » par le Secrétaire général du Parti, Edouard Ambroise Noumazalay qui ne jure que par la refondation pour aérer l'espace politique national infesté par des micros partis ethniques dont son propre parti n'échappe guère à l'indexation, il y a les « conservateurs » du trio Lekoundzou, Oba-Apounou et Ngakama, avec pour chef de file Lekoundzou, hostiles à ce qu'ils qualifient de « refondation – liquidation » du PCT. Ce sont deux stratégies diamétralement opposées qui s'invitent au débat. Passé le temps de l'invective propre à tout débat contradictoire, chaque camp affûte ses armes pour, convaincre la base du bien-fondé ou non de la refondation. Les deux camps qui campent sur leur position. Ils sont au moins d'accords que ce débat tire sa source des orientations issues du quatrième Congrès de leur parti en 1990. L'ouvrage que vient de publier Charles Zacharie Bowao participe de ce débat. Il plaide : « Pour la refondation du PCT ».

Pour Bowao, lui-même, membre du Comité Central du PCT : « Refonder [...] est un acte de courage et de lucidité qui ouvre le pouvoir au recentrage stratégique de sa propre identité pour une meilleure gestion de la République ». Si la refondation doit conduire à « une meilleure gestion de la République », est ce dire que la gestion actuelle est loin d'être optimale ? C'est pourtant ce que les anti – refondateurs dénoncent lorsqu'ils accusent les tenants de la « refondation – liquidation » de divertir l'opinion avec leur histoire de refondation et de ne pas s'attaquer au quotidien des Congolais ni, d'améliorer les conditions matérielles et sociales des populations. Au contraire, répond Bowao ! Pour lui : « La refondation politique nationale en cours est une question de survie pour le Congo, et celle du PCT en débat participe de cette nécessaire remise en question d'un passé historique qui ne s'accommode plus de la volonté des Congolais » (p.29).

Avant de faire la démonstration du bien fondé de la refondation dont le processus n'a pas échappé aux mutations de ces quinze dernières années : la démocratisation accélérée du continent, du diktat du pluralisme politique imposé par François Mitterrand en 1990 à la Baule, de la chute du mur de Berlin, de l'effondrement de l'ex-Union Soviétique et son bloc communiste, de la tenue des Conférences Nationales qui n'ont été que des lieux de règlements de compte en lieu et place de concertation en vue de construire un idéal collectif, etc. Ajouté à cela, la fin du monopole du parti unique qui ne dirigeait plus l'Etat, le tour était joué pour justifier la mue du PCT. Désarmés par le souffle de la mondialisation, pour ne pas dire de la « mondialité » qui balaie la planète, beaucoup de pays africains n'ont nullement été immunisés pour faire face aux ravages à venir. La refondation devient, pour Bowao, la meilleure des potions pour arrimer le Congo à cette modernité. Ainsi, trouve-t-il niais, tous ceux qui s'acharnent à dire que la refondation « est une façon de tuer Marien Ngouabi une deuxième fois » ; que « c'est une question de vie ou de mort » ; que pour s'opposer à cette refondation, certains « seraient prêts à reprendre les armes ». Pour éviter l'affrontement, ils demandent aux refondateurs de créer leur propre parti et de quitter « le PCT sans autre forme de procès » avant d'ajouter que cette refondation serait « un coup d'Etat des Katangais – les gens de la Likouala – contre le pouvoir de Sassou et donc des Mbochis ». Et la doctrine dans le débat ?

Pour Charles Zacharie Bowao, il s'agit de « créer les conditions d'un renouvellement perpétuel des élites, d'une amélioration continue de la vie des citoyens ». Ainsi, « Refonder, c'est faire de la Nouvelle Espérance non pas une nouvelle utopie tyrannique, mais un levier de reconstruction nationale, et qui passe nécessairement par une recomposition négociée intelligemment de l'espace public ». Au-delà de la difficulté à convaincre tout ou partie de la base sur le bien-fondé de cette refondation, il reste convaincu que : « Le PCT doit poursuivre sa remise en cause historique jusqu'au bout, y compris en changeant de nom, parce que ce nom est l'expression contestée et contrastée d'une idéologie surannée et d'un mode de fonctionnement devenu archaïque, toute chose que, d'ailleurs, le PCT a déjà rejetée lors des assises de son congrès de décembre 1990. C'est une question de cohérence logique de sa démarche historique ».

Si la refondation et son inévitable mise en ½uvre sont une question de logique et de cohérence, comment expliquer qu'il y ait au sein même du PCT, une fronde qui s'oppose à cette mutation ? La réponse est, semble-t-il, à chercher du côté de l'émotivité épidermique des tenants de la ligne anti – refondation. Bowao reste convaincu que les partis politiques qui structurent la vie publique congolaise, non seulement, ont atteint leurs limites mais, en plus, ne peuvent plus créer le « big-bang » qui les pousseraient à tourner définitivement le dos aux archaïsmes et autres pratiques critiquables du passé. Il ne fait pas mystère des réels enjeux de ce débat, de son engagement à porter avec d'autres, la refondation sur des fonds baptismaux. Il rythme son propos en martelant que : « La refondation politique est une exigence historique valable pour le PCT, comme pour l'U.P.A.D.S. et le M.C.D.D.I., parce que ces partis, pour l'essentiel, structurent le champ politique congolais, très lourdement. Leur incapacité à se refonder sera un obstacle à la refondation nationale, porteuse d'espérance démocratique ».

Le livre de Bowao a le mérite d'ouvrir le débat sur ces enjeux de la refondation. L'ascendance qu'il prend sur les autres camarades du parti qui prêchent l'anti - refondation, réside dans la force de l'argumentaire qu'il développe pour faire avancer le débat et les idées. Pour y arriver, il se place très haut. Là où, l'intrigue et la petitesse politicienne ne peuvent pas s'approcher à part d'être reléguées au banc de touche de la bêtise humaine !

De la responsabilité des partis politiques crées sur les bases ethno régionales, - à l'origine des troubles que connaît le pays -, de la volonté très affirmée d'aérer le débat politique en y insufflant une nouvelle dynamique en faisant entrer dans cette arène une nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques, etc. rien n'échappe à cette quête de pédagogie que distille à la fois le philosophe, le politique et l'acteur public. Seule, la refondation de la République peut éviter au pays de sombrer encore dans la violence, pense-t-il. Mais, comme toute ½uvre produite par des esprits supérieurs, celle de Bowao n'échappe pas à la critique. Cette faiblesse des érudits ! En effet, pour une ½uvre qui se voudrait pédagogique et didactique, la lecture du livre n'est pas de portée aisée pour toutes les couches sociales et encore moins pour les militants de base du PCT. Le livre prône un certain élitisme. Le discours est à certains endroits très ésotérique. Est-ce à dessein ? Au delà, le livre se lit d'un trait. Même si par moments, le débat se personnalise, avec des non-dits que seuls quelques initiés et habitués des ors de la République décodent, le lecteur « retombe toujours sur ses pattes » et retrouve le fil conducteur. L'immixtion dans la vie privée à l'origine d'une « campagne de diffamation lancée par ses détracteurs le dimanche 7 novembre 2004 à Radio Liberté et Télé Congo », n'est pas éludée, si ce n'est pour affirmer qu'elle visait son « éviction du débat public » (p.30) !

Sans chercher à voir à travers le trou de la serrure, ni récurer les fonds de casserole de cette indigeste atteinte à la pudeur, peut-on penser qu'il y a un lien entre cette affaire et le spectacle - peu reluisant - offert par le Conseil Constitutionnel ? Les échanges de courriers « aigre-doux » que l'on peut lire en annexe du livre entre l'auteur et le président communal du PCT de la ville de Brazzaville, seraient-ils étrangers à ce climat délétère sur fond de refondation ?

Pour ceux qui aimeraient comprendre les dessous du débat qui divise aujourd'hui le PCT, - parti de la majorité présidentielle -, la lecture du livre de Bowao serait d'un grand apport pour démêler les fils de cette discorde. Faut-il encore qu'il trouve lecteurs chevronnés et passionnés par ce débat? Si vous en faites partie, empressez-vous de le lire. Peut-être, serriez-vous capables de trouver le nom de l'un des douze apôtres qui s'est comporté en Juda en trahissant l'esprit et la lettre de la refondation, tel qu'il avait été décidé dans le « laboratoire de réflexion » mis en place à Oyo par,...le président du Comité Central du PCT, Sassou Nguesso, lui-même !

Joscéf Kadasrian

Les Editions Hemar,

B.P. 14545, Brazzaville,

République du Congo

hemaredition@yahoo.fr
# Posté le mercredi 14 juin 2006 05:40

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